Témoignage de Mattin Bilbao

Témoignage de Mattin Bilbao
Ekaitza

"À tous ceux qui pensent que la TORTURE n’existe plus aujourd’hui en Espagne, moi, Mattin BILBAO, cibourien, voici ce que j’ai vécu :

Les faits se déroulent depuis mon arrestation du 1er mars 2005 à Vera…
(1er village navarrais après le Col d’Ibardin).

Avec ma femme et deux de mes enfants, nous nous sommes rendus à Vera pour inscrire un de nos fils au club de pelote lorsqu’un contrôle de La Guardia Civil nous arrête. Ils nous demandent nos papiers, et, nous ordonnent de descendre du véhicule. Ils me demandent de les suivre et me mènent vers leurs véhicules, ou ils me fouillent à corps. Sans aucun justificatif ils m’annoncent qu’ils m’arrêtent et me conduisent à Madrid, selon la loi anti-terroriste espagnole.
Je ne sais pas ce qu’il advient de ma famille.

Arrivés à Madrid dans les locaux de La Guardia civil ils me disent :
" Tu sais ou tu es ici ?… C’est La Guardia civil ! "
" Tu sais ce que nous faisons ici ? On torture, personne ne sort sans parler. "

Je sais qu’Amnesty International a dénoncé des cas de torture en Espagne.
Je réalise aujourd’hui que c’est mon tour.

Ils sont six autour de moi. Ils m’amènent dans une pièce, me collent au sol, pied et poings liés m’enroulent dans une couverture afin que je puisse pas bouger. Un des tortionnaires se met à califourchon sur moi et me frappe sans arrêt sur la tête avec une matraque rembourrée. Les autres me matraquent aussi, sur les parties génitales, sur le cou avec des revers de mains entre autres coups. Ensuite, ils me mettent la tête dans une poche plastique jusqu’à ce que je suffoque ;j’essaye de trouer la poche avec les dents afin de respirer, je me sens partir. Ils me menacent de la roulette russe, me font voir des électrodes et autres objets qu’ils manipulent devant moi. Ils me disent qu’ils feront venir ma femme et qu’ils prendront plus de plaisir qu’avec moi. Ils me font dévêtir et m’humilie. Mes bourreaux, cagoulés et gantés m’obligent à répondre systématiquement par " si señor ". Ils me mettent un bandeau sur les yeux.

Je ne verrai jamais le visage de mes tortionnaires pendant la garde à vue.
J’ai perdu la notion du temps, de la salle de torture à la salle d’interrogatoire, à la salle de "repos" ils font ce qu’ils veulent de moi; je suis un pantin entre leurs mains et ne vois pas le bout du tunnel.

Une femme en blouse blanche vient m’ausculter…elle s’assure de ma santé cardiaque !…
Ensuite le même scénario se répète inlassablement : des coups, des poches plastiques, des coups, des poches, des coups…
À un moment, j’ai perdu le contrôle, suis devenu hystérique, j’ai hurlé, je me suis mis hors de moi. Ont-ils pris peur ?…ils m’ont laissés dans la salle de repos jusqu'à que je me calme. J’ai payé tres cher ma révolte.
Ils me l’ont fait comprendre, les sévices ont redoublés.

J’ai vécu les moments les plus horrible de toute ma vie, quatre jours et quatre nuits d’enfer dans un pays dit démocratique.
Il faut le vivre pour le croire……Personne ne mérite un tel traitement.
Je suis passé devant un juge le samedi 5 mars, sans mon avocat.
J’ai été incarcéré à Soto del Real et tenu au secret pendant quatre jours supplémentaires.
Je ne suis pas un cas isolé, j’en suis un parmi des centaines d’autres

QUI SERA LE PROCHAIN ? ? ? ? ? ? ?